Charges récupérables : ce que le bailleur peut refacturer
Charges récupérables : ce que le bailleur peut refacturer au locataire, ce qui reste à sa charge, la régularisation annuelle et un exemple chiffré complet.
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- Gestion & copropriété
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En location vide à usage de résidence principale, le bailleur ne peut récupérer auprès du locataire que les charges figurant dans la liste fixée par le décret n° 87-713 du 26 août 1987 : eau froide et chaude, chauffage collectif, électricité et entretien courant des parties communes, ascenseur (fonctionnement et entretien courant), espaces verts, une partie de la rémunération du gardien, taxe d'enlèvement des ordures ménagères et redevance d'assainissement, notamment. Restent à sa charge la taxe foncière, les honoraires du syndic, les gros travaux et réparations, le fonds de travaux et l'assurance de l'immeuble. Il ne peut refacturer que les dépenses réelles, justifiées et régularisées chaque année.
Ce guide présente les principes applicables aux baux d'habitation en France. Les détails dépendent de votre bail et de la jurisprudence ; en cas de litige ou de montants importants, consultez l'ADIL de votre département ou un avocat. Les montants de l'exemple sont fictifs.
Le principe : l'usage oui, la conservation et la gestion non
La liste du décret suit une logique simple :
- Les charges récupérables sont liées à l'usage de l'immeuble et aux services dont le locataire profite : eau, chauffage, propreté des parties communes, ascenseur, ordures ménagères.
- Les charges non récupérables servent à conserver ou gérer le patrimoine du propriétaire : réparations, remplacement d'équipements, gestion, épargne pour les travaux futurs.
En cas de doute sur une ligne, demandez-vous si elle résulte du fonctionnement courant de l'immeuble ou si elle entretient, améliore ou gère le bien du propriétaire. La réponse juridique se trouve toutefois toujours dans la liste du décret, qui est limitative.
Les charges récupérables, catégorie par catégorie
Le site officiel service-public.gouv.fr reprend les catégories du décret :
| Catégorie | Exemples récupérables | À exclure |
|---|---|---|
| Ascenseurs | Électricité, entretien courant, menues réparations | Contrôle technique quinquennal, grosses réparations, remplacement |
| Eau et chauffage collectif | Eau froide et chaude, combustible, entretien courant de la chaufferie, produits de traitement | Remplacement de la chaudière |
| Installations individuelles | Entretien courant et menues réparations du chauffage, de la production d'eau chaude et de la distribution d'eau | Remplacement des équipements |
| Parties communes intérieures | Électricité, produits d'entretien, dératisation, désinsectisation, personnel d'entretien | Travaux de rénovation |
| Espaces extérieurs | Entretien des voies, parkings, espaces verts, aires de jeux | Création ou réaménagement |
| Taxes et redevances | Taxe d'enlèvement des ordures ménagères, taxe de balayage, redevance d'assainissement | Taxe foncière |
Pour le gardien ou concierge, seule une partie de la rémunération est récupérable, selon les tâches qu'il assure (entretien des parties communes, élimination des déchets). Demandez au syndic la quote-part applicable.
Ce qui reste à la charge du bailleur
- Taxe foncière, à l'exception de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères qui figure sur le même avis
- Honoraires du syndic et frais de gestion de la copropriété
- Gros travaux, réparations et remplacements d'équipements
- Cotisation au fonds de travaux de la copropriété
- Assurance de l'immeuble et assurance propriétaire non occupant
- Frais de gestion locative de votre agence
- Frais bancaires, intérêts d'emprunt et frais de contentieux
- Charges d'un logement vacant, que le propriétaire supporte seul
Trois conditions pour toute refacturation
1. Le bail fixe les provisions. Le contrat indique le montant des provisions et leur mode de règlement.
2. La dépense figure dans la liste du décret. Ce qui n'y figure pas ne peut pas être refacturé, même si le bail le prévoit.
3. Vous refacturez les dépenses réelles, bien réparties et justifiées. Les provisions donnent lieu à une régularisation annuelle. Un mois avant cette régularisation, le bailleur communique le décompte par nature de charges et, dans les immeubles collectifs, le mode de répartition entre locataires. Pendant les six mois qui suivent l'envoi du décompte, il tient les justificatifs à la disposition du locataire. Il peut réclamer un arriéré de charges pendant trois ans.
Répartir une dépense mixte
Certaines factures mêlent dépenses récupérables et non récupérables. Il faut les séparer.
- Contrat d'ascenseur. L'entretien courant et les menues réparations sont récupérables ; un contrat « étendu » couvrant le remplacement de pièces importantes contient une part à exclure, tout comme le contrôle technique quinquennal.
- Gardien. Seule la quote-part liée à l'entretien et aux déchets est récupérable.
- Espaces verts. Tonte, taille et ramassage des feuilles relèvent de l'entretien ; une nouvelle plantation ou une clôture neuve, non.
- Ménage. Le nettoyage régulier des parties communes est récupérable, le nettoyage de fin de chantier relève des travaux.
Conservez cette ventilation : c'est la première pièce que demandera un locataire ou un conseiller en cas de contestation.
Exemple chiffré : du relevé du syndic à la régularisation
Une propriétaire loue un appartement vide dans une copropriété. Le relevé annuel du syndic indique la quote-part de son lot, et elle reçoit séparément l'avis de taxe foncière.
| Poste | Quote-part annuelle du lot | Récupérable ? |
|---|---|---|
| Nettoyage des parties communes | 420 € | Oui |
| Électricité des parties communes | 120 € | Oui |
| Eau froide | 480 € | Oui |
| Taxe d'enlèvement des ordures ménagères | 180 € | Oui |
| Ascenseur, contrat d'entretien courant | 210 € | Oui |
| Espaces verts | 150 € | Oui |
| Assurance de l'immeuble | 240 € | Non |
| Honoraires du syndic | 360 € | Non |
| Travaux et réparations | 300 € | Non |
| Cotisation au fonds de travaux | 600 € | Non |
| Total | 3 060 € |
- Récupérable auprès du locataire : 1 560 €
- Reste à la charge de la propriétaire : 1 500 €, soit 125 € par mois
Le locataire a versé 125 € de provisions par mois, soit 1 500 € sur l'année. La régularisation fait apparaître 1 560 € − 1 500 € = 60 € à payer. Pour l'année suivante, la propriétaire porte les provisions à 130 € par mois.
Dans une copropriété, les charges sont réparties entre lots selon les clés du règlement de copropriété (tantièmes généraux, charges spéciales d'ascenseur ou de chauffage). Notre guide pour répartir les charges entre locataires détaille les clés courantes, et le calcul de répartition des charges applique à chaque poste sa propre clé et affiche le solde de chaque lot.
Les 1 500 € qui restent à la charge de la propriétaire sont une vraie dépense. Ils entrent dans le rendement net et dans le cash-flow de l'investissement locatif, pas dans la régularisation du locataire.
Provisions et régularisation en pratique
- Fixez des provisions réalistes, à partir des dépenses de l'année précédente et des hausses connues.
- Rassemblez le relevé du syndic, l'avis de taxe foncière et les factures une fois l'exercice clos.
- Séparez le récupérable du non récupérable, y compris dans les factures mixtes.
- Appliquez la clé de répartition prévue pour chaque poste.
- Déduisez les provisions versées et indiquez le solde.
- Envoyez le décompte par nature de charges un mois avant la régularisation et tenez les justificatifs à disposition.
- Ajustez les provisions si l'écart était important.
Pourquoi cette distinction compte pour un investisseur
La part non récupérable détermine votre rendement réel. Deux appartements avec les mêmes charges de copropriété peuvent laisser des montants très différents à la charge du propriétaire, selon la part d'honoraires, de travaux et de fonds de travaux. Avant d'acheter, demandez les derniers relevés de charges et le budget prévisionnel, et calculez la part non récupérable. Notre article sur les charges de copropriété expliquées montre comment se lisent ces documents, et celui sur le fonds de travaux explique pourquoi la cotisation peut augmenter.
Si vous confiez la gestion à une agence, ses honoraires restent à votre charge. Notre article sur les frais de gestion locative présente les modèles de tarification courants.
Erreurs fréquentes
- Refacturer une dépense absente du décret, même prévue au bail.
- Transmettre tout le relevé du syndic. Honoraires, travaux et fonds de travaux ne sont pas récupérables.
- Ne pas ventiler les factures mixtes, notamment ascenseur et gardien.
- Refacturer la taxe foncière au lieu de la seule taxe d'enlèvement des ordures ménagères.
- Ajouter une marge ou des frais de traitement aux dépenses réelles.
- Oublier la régularisation annuelle, puis réclamer plusieurs années d'un coup.
- Refuser l'accès aux justificatifs.
- Compter les charges récupérées comme un revenu dans le calcul du rendement : elles ne font que transiter.
À retenir
- Seules les charges de la liste du décret n° 87-713 sont récupérables en location vide.
- Taxe foncière, honoraires du syndic, gros travaux, fonds de travaux et assurance de l'immeuble restent à la charge du bailleur.
- Les provisions sont régularisées chaque année sur les dépenses réelles, avec un décompte par nature de charges.
- Les justificatifs restent à la disposition du locataire six mois ; un arriéré se réclame dans les trois ans.
- La part non récupérable est une vraie charge : intégrez-la à votre rendement et à votre cash-flow.
FAQ
Quelles charges le propriétaire peut-il récupérer auprès du locataire ?
Pour une location vide à usage de résidence principale, uniquement celles de la liste du décret n° 87-713 du 26 août 1987 : notamment eau, chauffage collectif, ascenseur, électricité et entretien des parties communes, espaces verts, taxe d'enlèvement des ordures ménagères et redevance d'assainissement. Tout ce qui n'y figure pas reste à la charge du bailleur.
Quelles charges restent à la charge du propriétaire ?
Notamment la taxe foncière (hors taxe d'enlèvement des ordures ménagères), les honoraires du syndic, les gros travaux et réparations, la cotisation au fonds de travaux, l'assurance de l'immeuble et les frais de gestion locative du bailleur.
Combien de temps le bailleur doit-il conserver les justificatifs ?
Après l'envoi du décompte de régularisation, le bailleur doit tenir les justificatifs à la disposition du locataire pendant six mois. Il peut réclamer un arriéré de charges pendant trois ans.
Peut-on facturer les charges au forfait ?
En location vide, les charges se règlent en principe par provisions avec régularisation annuelle sur les dépenses réelles. Le forfait est possible notamment en location meublée et dans certains cas de colocation. Vérifiez le type de bail avant de choisir.
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